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J’étais dans les bras du plus bel homme que j’aie jamais vu (de l’un des plus beaux, en tout cas). Et il n’avait d’yeux que pour moi.

— Pense à... Brad Pitt, lui ai-je soufflé.

Toujours pas la moindre lueur d’intérêt dans les troublantes prunelles sombres de Claude.

Bon, d’accord. Mauvaise pioche...

À quoi ressemblait le dernier amant de Claude, déjà, le videur de cette boîte de strip-tease ?

— Pense à Charles Bronson. Ou à... euh... Edward James Olmos !

Ma suggestion a été récompensée : entre les longs cils noirs, le regard s’est fait torride.

En un clin d’œil, on aurait pu croire que, relevant brusquement ma jupe (froufroutante, la jupe) et déchirant mon corsage (profondément échancré, le corsage), Claude allait me violer sur place. Malheureusement pour moi (et pour toutes les autres femmes de Louisiane), Claude ne mangeait pas de ce pain-là. Les « blondes à forte poitrine » n’étaient pas vraiment son type. Une brute épaisse aux allures de truand, avec un air mauvais et peut-être l’ombre d’une barbe de trois jours pour creuser les maxillaires, voilà ce qui l’émoustillait.

— Maria-Star, viens donc repousser cette mèche.

Alfred Cumberland, un Noir trapu à la moustache et aux cheveux grisonnants, donnait ses directives sans décoller l’œil de l’objectif. Maria-Star Cooper, obtempérant aussitôt, est passée devant l’appareil pour replacer une mèche rebelle échappée de ma longue chevelure blonde. J’étais renversée sur le bras droit de Claude, ma main gauche (invisible pour le photographe) désespérément cramponnée dans le dos de sa redingote noire, ma main droite délicatement posée sur son épaule gauche. De sa propre main gauche, il m’empoignait la taille. La pose était censée représenter le moment crucial où il me couchait à terre pour abuser de moi. Du moins, j’imagine.

Sous sa redingote, Claude portait une sorte de culotte de golf noire avec des bas blancs et une chemise vaporeuse à volants. J’arborais, quant à moi, une longue robe bleue que faisaient gonfler trois tonnes de jupons. Comme je l’ai déjà précisé, le haut montrait plus qu’il ne cachait, d’autant que les manches découvraient également mes épaules. Je n’étais pas mécontente que la température du studio soit plutôt supérieure à la moyenne. Le gros spot ne chauffait pas autant que je l’aurais cru.

Al Cumberland nous mitraillait, tandis que Claude me tenait sous le feu de son regard de braise. Je faisais de mon mieux pour manifester la même ardeur. Ces dernières semaines, ma vie privée avait pris des allures de traversée du désert, et je ne demandais pas mieux que de m’enflammer.

Maria-Star se tenait au garde-à-vous, avec sa grosse mallette de maquillage, ses peignes et ses brosses, prête à intervenir pour une retouche de dernière minute. À ma grande surprise, en arrivant au studio, j’avais immédiatement reconnu la jeune et jolie assistante du photographe, avec ses cheveux noirs bouclés et sa peau mate couleur de pain brûlé. Je n’avais pas revu Maria-Star depuis l’élection du chef de meute de Shreveport, quelques semaines auparavant. Je n’avais pas vraiment pris le temps de l’observer, sur le moment, la lutte sanguinaire à laquelle s’étaient livrés les deux concurrents ayant été, pour moi, une épouvantable expérience. Mais, à présent, j’avais tout loisir de constater qu’elle s’était complètement remise de son accident (elle s’était fait renverser par une voiture au mois de janvier). Les loups-garous guérissent vite.

Maria-Star m’avait, elle aussi, reconnue et, à mon grand soulagement, m’avait rendu mon sourire. Ma position vis-à-vis de la meute de Shreveport se trouvait être pour le moins délicate. Sans vraiment le vouloir, j’avais, en quelque sorte, lié mon sort au perdant de l’élection susnommée. Le fils de ce candidat malheureux, Léonard Herveaux, que je considérais comme un ami et peut-être même un peu plus, estimait que je l’avais laissé tomber pendant la compétition. Le nouveau chef de meute, Patrick Furnan, savait que j’avais des liens avec la famille Herveaux. J’avais donc été agréablement surprise quand Maria-Star s’était mise à bavarder gaiement avec moi, pendant qu’elle m’aidait à m’habiller et me coiffait. Elle m’avait aussi tartiné la figure de plus de maquillage que je n’en avais jamais mis de toute ma vie, mais, lorsque j’avais pu admirer le résultat dans la glace, je n’avais eu que des compliments à lui faire : j’étais superbe. Je ne ressemblais pas du tout à Sookie Stackhouse, mais j’étais superbe.

Si Claude n’avait pas été homo, il aurait pu être impressionné, lui aussi. Claude est le frère d’une de mes amies, Claudine. Il gagne sa vie en se déshabillant devant ces dames au Hooligans, une boîte dont il est désormais le propriétaire. Claude est tout simplement à tomber : un mètre quatre-vingts, de grands yeux de velours, un nez aquilin, une bouche sensuelle aux lèvres pleines et des cheveux ondulés d’un noir de jais qu’il garde longs pour cacher ses oreilles. Il s’est pourtant fait opérer pour les arrondir comme celles des humains, les siennes étant naturellement pointues. Quand on est au parfum, question Cess (CS pour Créatures Surnaturelles), on remarque immanquablement le coup de bistouri, et on sait tout de suite que Claude en est une. Et ne croyez pas que je fasse allusion à son homosexualité, non. Quand je dis que Claude en est une, j’entends une fée. Oui, une fée, littéralement (dans la version masculine du genre, du moins).

— Maintenant, envoie la soufflerie !

Suivant les instructions d’Al, Maria-Star a mis un gros ventilateur en marche, et on s’est subitement retrouvés en pleine tempête. Mes cheveux claquaient au vent comme une oriflamme d’or, alors que le catogan de Claude ne bougeait pas d’un poil. Après quelques clichés pour immortaliser la scène, Maria-Star lui a détaché les cheveux. Elle les a ramenés sur le côté pour que, en s’envolant, ils forment comme un fond noir sur lequel viendrait se découper son profil parfait.

— Magnifique ! s’est exclamé Al.

Et il a recommencé à nous mitrailler. Maria-Star a déplacé le ventilateur deux ou trois fois, les rafales suivant le mouvement. Al m’a finalement annoncé que je pouvais me redresser. Je ne me suis pas fait prier.

— J’espère que ça ne vous a pas fait trop mal au bras, ai-je dit à mon partenaire, qui avait recouvré son calme et son air détaché.

— Non, pas de problème. Vous auriez pas du jus de fruits, par hasard ? a-t-il ajouté en se tournant vers Maria-Star.

Claude et les bonnes manières, ça fait deux.

La jolie lycanthrope lui a désigné un petit réfrigérateur dans le coin du studio.

— Il y a des gobelets sur le dessus, lui a-t-elle indiqué.

Elle l’a suivi des yeux, puis a poussé un gros soupir – les femmes font souvent ça après avoir parlé à Claude.

Après s’être assurée que son patron trifouillait toujours son matériel, Maria-Star m’a adressé un grand sourire. Le fait qu’elle soit un loup-garou m’empêchait de lire clairement dans ses pensées, mais j’ai tout de même découvert qu’elle avait quelque chose à me dire... et qu’elle ne savait pas trop comment j’allais le prendre.

Ça n’a rien de drôle d’être télépathe, croyez-moi. Le fait de savoir ce que les autres pensent de vous modifie forcément le regard que vous portez sur vous-même.

— Ça n’a pas été facile pour Lèn depuis la mort de son père.

Maria-Star avait parlé à voix basse. Mais Claude était trop occupé à s’admirer dans la glace pour faire attention à nous, et Al Cumberland, qu’on venait d’appeler sur son portable, s’esquivait dans son bureau pour discuter plus tranquillement.

— Je n’en doute pas.

Jackson Herveaux ayant été tué par son rival, il était logique que l’humeur de son fils ne soit pas au beau fixe.

— J’ai envoyé un don à la SPA. Je savais qu’ils en informeraient Lèn et Janice.

Janice était la sœur cadette de Lèn, autant dire qu’elle ne pouvait pas être une lycanthrope. Je me demandais comment Lèn avait bien pu lui expliquer la mort de leur père.

Pour tout remerciement, j’avais reçu une carte standard, de celles que vous fournissent systématiquement les pompes funèbres. Pas de petit mot personnel. Pas même une signature.

— Eh bien...

Quoi qu’elle ait voulu me dire, elle semblait incapable de cracher le morceau. J’ai toutefois réussi à m’en faire une petite idée. Ça m’a poignardée. Là, en plein cœur. J’ai cependant pris sur moi pour refouler la douleur. Je me suis emparée d’un book censé donner un aperçu du travail d’Alfred et j’ai commencé à le feuilleter. Mais j’ai à peine jeté un coup d’œil aux photos de mariage, de bar-mitsva, de première communion, de noces d’or... avant de le reposer. J’essayais d’avoir l’air décontracté, mais je ne crois pas que ça ait vraiment marché.

Répondant au large sourire de Maria-Star, je lui ai lancé :

— Lèn et moi n’avons jamais été un vrai couple, vous savez.

J’avais peut-être éprouvé du désir pour lui, nourri certaines espérances à son sujet, mais rien ne s’était concrétisé. Ça n’avait jamais été le bon moment.

Les yeux de Maria-Star, d’un brun nettement plus clair que ceux de Claude, se sont écarquillés de stupeur. À moins que ce ne soit de la peur ?

— J’avais entendu parler de vos... pouvoirs, a-t-elle soufflé, mais j’avais du mal à y croire.

— Je comprends. Eh bien, je suis contente que vous sortiez avec Lèn. Et je ne vois pas ce que je pourrais y trouver à redire. Si j’ai pu avoir des raisons de le faire par le passé, je n’en ai plus maintenant.

C’était sorti en vrac, un peu emberlificoté, mais je crois que Maria-Star a compris où je voulais en venir. Je ne cherchais qu’à sauver la face, en fait.

N’ayant pas eu de nouvelles de Lèn au cours des semaines qui avaient suivi le décès de son père, j’avais compris que ses sentiments pour moi, quels qu’ils aient pu être, avaient été étouffés dans l’œuf. Ça m’avait fait un coup. Pas fatal, mais un coup tout de même. C’est vrai, quoi. Je l’aimais bien, moi, ce mec ! Drôlement bien, même, et ça ne fait jamais plaisir de découvrir qu’on a été remplacé aussi facilement. Après tout, avant le décès de son père, Lèn m’avait tout de même proposé de vivre avec lui. Et voilà que maintenant, il sortait avec ce loup-garou en jupons !

— J’espère que vous serez très heureuse.

Sans mot dire, elle m’a alors tendu un autre album, estampillé «ultra confidentiel », celui-là. Quand je l’ai ouvert, j’ai compris que les confidences en question étaient réservées aux Cess. J’avais sous les yeux des photos de cérémonies qu’aucun humain ne verrait jamais : un couple de vampires en habit posant devant une monumentale croix égyptienne, symbole de vie éternelle ; un jeune homme en train de se changer en ours, probablement pour la première fois ; une meute de lycanthropes au grand complet, tous sous leur forme animale... Al Cumberland, le photographe de l’étrange. Pas étonnant que Claude l’ait choisi pour faire ses photos (photos qui lui permettraient de poser bientôt pour la couverture de romans sentimentaux, puis pour celle des magazines, espérait-il).

— Série suivante ! a claironné Al en sortant de son bureau d’un air affairé et en refermant son portable d’un claquement sec. On vient juste de décrocher un double mariage, Maria. Dans le coin où habite Mlle Stackhouse, justement.

Je me suis interrogée : avait-il été engagé par des humains ou pour immortaliser un événement moins... conventionnel ? Mais ça n’aurait pas été très poli de ma part de poser la question.

Claude et moi nous sommes de nouveau rapprochés (difficile de faire plus proches). Sur les recommandations d’Al, j’ai relevé ma jupe. Je doutais fort que les femmes, à l’époque où elles portaient mon costume, se soient épilé les jambes, encore moins qu’elles les aient exposées au soleil. Or, j’avais les jambes bronzées et aussi lisses qu’une peau de bébé. Oh ! Et puis, qu’est-ce que ça pouvait bien faire, après tout ? Les hommes ne se baladaient probablement pas la chemise ouverte non plus.

— Levez la jambe comme si vous alliez la lui passer autour des reins, m’a ordonné Al. Maintenant, Claude, à toi de jouer. C’est ton heure de gloire. Tu dois avoir l’air du type qui s’apprête à passer à l’action d’une seconde à l’autre. Il faut que, rien qu’en te regardant, les lectrices salivent.

Claude voulait se constituer un book pour se présenter au concours de Monsieur Romantique, organisé chaque année par le magazine Romantic Times.

Quand il avait parlé de ses projets à Al (ils s’étaient rencontrés à une soirée quelconque, d’après ce que j’avais cru comprendre), Al avait conseillé à Claude de faire quelques photos avec le genre de femme qui apparaissait souvent sur les couvertures des romans sentimentaux. Il lui avait également dit que son type de beau ténébreux serait davantage mis en valeur par une blonde aux yeux bleus.

Apparemment, j’étais la seule blonde dans l’entourage de Claude qui ait accepté de l’aider gratuitement. Bien sûr, il connaissait des strip-teaseuses qui auraient posé avec lui sans hésiter, mais pas sans se faire payer. Avec son tact habituel, Claude s’était empressé de m’apporter ces précisions sur le chemin du studio. Il aurait pu garder ça pour lui et me laisser croire que je faisais une bonne action en aidant le frère de ma copine. Mais, pour ne pas changer, il n’avait pas pu s’empêcher de me mettre dans la confidence. Typique.

— OK. Maintenant, Claude, on enlève la chemise !

Rien de nouveau pour Claude, de ce côté-là. Il avait l’habitude qu’on lui demande de se déshabiller. Totalement imberbe, il était doté d’une large carrure et d’une impressionnante musculature. Autant dire que, torse nu, il était plutôt à son avantage. Ça m’a pourtant laissée de marbre.

— On retrousse sa jupe et on lève la jambe ! m’a répété Al.

J’ai dû me rappeler que c’était pour la bonne cause – après tout, ce n’était qu’un job comme les autres. Al et Maria-Star étaient assurément professionnels et entretenaient avec leurs modèles des relations qui n’avaient rien de personnel. Quant à Claude, difficile de faire plus froid. Mais je n’étais pas habituée à relever ma jupe devant tout le monde. Je trouvais que ça requérait un minimum d’intimité, au contraire. Bien que j’aie souvent porté un short et que montrer mes jambes ne m’ait jamais fait rougir jusqu’alors, bizarrement, le fait de soulever cette longue jupe devant témoins me semblait nettement plus gênant, plus... scabreux. Mais j’ai serré les dents et tiré sur ce fichu paquet de tissu en le coinçant au fur et à mesure dans la ceinture pour qu’il reste bien en place.

— Il faut que vous ayez l’air d’aimer ça, mademoiselle Stackhouse, m’a sermonnée Al.

Il s’était penché sur le côté, délaissant son objectif pour me regarder. Vu son froncement de sourcils, il n’était pas vraiment satisfait.

J’ai essayé de ne pas trop bouder. J’avais dit à Claude que je lui rendrais service et, quand on rend service, on doit faire preuve d’un minimum de bonne volonté. J’ai levé la jambe jusqu’à ce que ma cuisse soit parallèle au plancher et j’ai pointé mon pied nu vers le sol dans ce que j’espérais être une pose élégante. Puis j’ai posé les mains sur les épaules de Claude et levé les yeux vers lui. J’ai pu constater qu’il avait la peau douce et chaude. Bon. Rien d’érotique là-dedans. Pas de quoi grimper aux rideaux, en tout cas.

— Vous avez l’air de vous ennuyer à cent sous de l’heure, mademoiselle Stackhouse, a grommelé Al. Vous êtes censée avoir envie de lui sauter dessus. Maria, rends-la plus... plus.

Maria-Star a bondi pour tirer sur mes manches. Elle y a mis un peu trop d’entrain : si le corsage n’avait pas été aussi moulant, je me serais retrouvée torse nu moi aussi.

Le problème, c’était que, si beau qu’il soit, Claude aurait pu se balader devant moi à poil toute la journée, ça ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Il n’en serait pas moins demeuré un mufle avec un caractère de cochon. Même s’il avait été hétéro, il n’aurait pas été à mon goût (pour peu que j’aie eu le temps de discuter dix minutes avec lui avant, du moins).

Comme Claude lui-même, quelques instants auparavant, j’ai été obligée de me rabattre sur mes fantasmes.

J’ai pensé à Bill. Bill le Vampire, mon premier, à tous les niveaux : premier amour, premier amant. Mais au lieu d’un accès de lubricité, c’est une bouffée de colère qui m’a saisie. Bill sortait avec une autre, et ça durait depuis des semaines.

Bon. Et si je pensais à Éric, le supérieur de Bill ? Eric le Viking avait partagé mon lit quelques jours, en janvier. Non, non, non. Mon signal d’alarme se déclenchait dès que j’allais rôder de ce côté-là. Éric connaissait un secret que j’aurais bien voulu enterrer – et jusqu’à la fin de mes jours, de préférence –, même si, comme il avait fait une crise d’amnésie quand il avait séjourné chez moi, il ignorait qu’il avait ce souvenir-là en mémoire, quelque part.

D’autres visages me sont venus à l’esprit : celui de mon boss, Sam Merlotte, le propriétaire de Chez Merlotte. Non, ne t’aventure pas par là non plus. Imaginer ton boss au saut du lit n’est vraiment pas une bonne idée. Vilaine fille ! Bien. Léonard Herveaux, alors ? Tss, tss, pas question ! D’autant que je me trouvais justement en compagnie de sa nouvelle petite amie... Bon, te voilà à court de munitions. Dans le domaine du réel, du moins. Il ne me restait plus qu’à m’en remettre à un de mes vieux fantasmes virtuels favoris.

Mais les stars de cinéma avaient quelque peu perdu de leur attrait, depuis que Bill avait franchi la porte de Chez Merlotte pour la première fois, me faisant entrer de plain-pied dans le monde des créatures de la nuit. Si curieux que cela puisse paraître, la dernière expérience un tant soit peu érotique que j’avais eue concernait une histoire de jambe. Mon mollet saignait, et on me l’avait... léché. Un peu perturbant. Je me suis remémoré le crâne rasé de Quinn qui montait et descendait tandis qu’il nettoyait ma plaie de cette façon très... intime ; ses longs doigts qui m’empoignaient la cuisse...

— Ça ira, a commenté Alfred en recommençant à nous mitrailler.

Quand il a senti que je commençais à trembler, Claude m’a attrapé la jambe. Oh, il se contentait de me soutenir. Ça m’aidait certes à garder la pose, mais ça n’avait franchement rien de troublant.

— Bon. Et maintenant, au lit ! a annoncé Al, juste au moment où je me disais que je ne pouvais plus tenir.

— Non !

Claude et moi avions protesté en chœur.

— Mais ça fait partie du contrat, s’est étonné Al. Vous n’aurez pas besoin de vous déshabiller, vous savez. Je ne fais pas ce genre de photo, ma femme me tuerait. Vous vous étendez sur le lit tels que vous êtes. Claude se mettra simplement en appui sur un coude pour vous regarder, mademoiselle Stackhouse.

Je lui ai opposé un refus net et catégorique.

— Vous n’avez qu’à le prendre tout seul dans l’eau, lui ai-je suggéré. Ce sera beaucoup mieux.

Il y avait une mare factice dans un coin, et des clichés de Claude, apparemment nu, le torse ruisselant, ne pourraient que séduire ces dames.

— Qu’est-ce que vous en dites, Claude ?

Quand on faisait vibrer la corde du narcissisme, on était sûr de tomber juste, avec Claude.

— Je pense que ce serait cool, Al, a répondu l’intéressé, en s’efforçant manifestement de ne pas montrer à quel point cette idée l’emballait.

Je me suis donc dirigée vers la cabine pour me changer. J’avais hâte de me débarrasser de ce fichu costume pour retrouver mon bon vieux jean. J’ai cherché une pendule du coin de l’œil. Je prenais mon service àl7h30, et je devais passer chez moi enfiler mon uniforme de serveuse avant d’aller Chez Merlotte.

— Merci, Sookie ! m’a lancé Claude.

— De rien, Claude. Et bonne chance pour vos contrats de mannequin.

Mais, trop occupé à s’admirer dans la glace, il ne m’écoutait déjà plus. Maria-Star m’a raccompagnée à la porte du studio.

— Au revoir, Sookie. Ça m’a fait plaisir de vous revoir.

— À moi aussi, ai-je poliment menti.

Même à travers le brouillard rouge qui voilait les pensées des lycanthropes, je devinais que Maria-Star ne comprenait pas comment je pouvais renoncer à un type comme Lèn. Après tout, il était beau, dans son style (tendance loup-garou, quand même), il était d’agréable compagnie, et c’était un hétérosexuel au sang chaud. Sans compter qu’il possédait, désormais, sa propre entreprise. C’était un homme riche qui ne devait rien à personne.

Une question m’est brusquement venue à l’esprit. Je n’ai pas réfléchi avant de parler.

— Et Debbie Pelt, on la recherche toujours ?

Autant triturer une dent cariée ! Debbie avait été la petite amie de Lèn durant pas mal de temps – et une vraie garce, de mon point de vue.

— Oui, mais pas les mêmes gens.

Le visage de Maria-Star s’était assombri. Elle n’aimait pas plus que moi penser à Debbie. Sûrement pas pour les mêmes raisons, cependant.

— Les détectives que les Pelt avaient engagés ont lâché l’affaire. Ils ont prétendu que ce serait les voler que de persévérer. C’est ce que j’ai entendu dire, en tout cas. La police n’a pas exactement présenté les choses comme ça, mais elle s’est bel et bien retrouvée dans une impasse, elle aussi. Je n’ai rencontré les Pelt qu’une seule fois, quand ils sont venus à Shreveport, juste après la disparition de Debbie. Plutôt sauvages, les parents.

Venant d’un loup-garou, ça donnait à réfléchir.

— Mais la pire, c’est Sandra, leur seconde fille. Elle adorait Debbie, et c’est pour elle que les Pelt consultent ailleurs, d’autres gens, des gens bizarres. Personnellement, je pense que Debbie a été enlevée. À moins qu’elle ne se soit suicidée. Peut-être que, quand Lèn l’a répudiée, elle a complètement perdu la tête...

— Peut-être...

Mon murmure manquait singulièrement de conviction.

— Il est beaucoup mieux sans elle, en tout cas, et j’espère bien qu’on ne la retrouvera pas.

Je partageais tout à fait cette opinion, mais, contrairement à Maria-Star, je savais très exactement ce qui était arrivé à Debbie. C’était même ce qui nous avait éloignés, Lèn et moi.

— J’espère qu’il ne la reverra jamais, a-t-elle ajouté, un air plutôt féroce sur son joli visage rembruni.

Lèn fréquentait peut-être Maria-Star, mais il ne lui avait pas tout dit. Il savait pertinemment qu’il ne reverrait jamais Debbie. Et c’était ma faute, vu ?

Je l’avais tuée. D’un coup de fusil.

J’avais plus ou moins réussi à faire la paix avec moi-même à ce sujet, mais la violence brute de cet acte barbare me revenait régulièrement en pleine figure. On ne peut pas tuer quelqu’un et continuer comme si de rien n’était. Votre vie en est changée. A tout jamais.

 

Deux prêtres sont entrés dans le bar.

Parfaite introduction pour une blague, du style « Deux prêtres entrent dans un bar avec un kangourou » ou « Deux prêtres entrent dans un bar. Il y a un rabbin (ou une blonde) assis au comptoir... » Bon.

Ceux-là n’avaient pas de kangourou avec eux, et il n’y avait pas de rabbin au bar. Ni de blonde non plus, d’ailleurs. J’avais déjà vu plein de blondes, un kangourou (dans un zoo), mais jamais de rabbin. J’avais cependant vu ces deux prêtres-là plusieurs fois. Ils se donnaient régulièrement rendez-vous Chez Merlotte pour déjeuner.

Le père Dan Riordan, le teint frais et les joues roses (il était rasé de près), était le curé catholique qui venait célébrer la messe dominicale dans la petite église de Bon Temps. Le père Kempton Littrell, blême et barbu, était le prêtre anglican qui officiait une fois tous les quinze jours dans la minuscule chapelle anglicane de Clarice.

— Bonsoir, Sookie, m’a lancé le père Riordan.

Il était irlandais. Pas juste d’origine irlandaise, non : un vrai Irlandais. J’adorais l’écouter parler. Il portait de grosses lunettes à verres épais et à monture noire. Il devait avoir la quarantaine.

— Bonsoir, mon père. Et bonsoir à vous aussi, père Littrell. Qu’est-ce que je vous sers ?

— Je voudrais un whisky-glace. Et vous, Kempton ?

— Oh, je prendrai juste une bière. Et des nuggets, s’il vous plaît.

Le prêtre anglican portait des lunettes à monture dorée. Il était plus jeune que le père Riordan et avait son ministère à cœur.

— Pas de problème.

Je leur ai souri. Je savais, pour l’avoir lu dans leurs pensées, que ces hommes étaient profondément bons et je m’en réjouissais. C’est toujours un peu décevant de constater, en découvrant ce qu’un homme d’Église a dans la tête, que non seulement la plupart ne sont pas meilleurs que vous, mais qu’ils ne font même pas l’effort de l’être.

Comme la nuit était tombée, je n’ai pas vraiment été surprise de voir Bill Compton franchir la porte. Je n’aurais pas pu en dire autant des deux prêtres. Les différentes Églises d’Amérique n’avaient pas encore résolu le problème des vampires depuis que ceux-ci avaient fait leur coming out. L’Église catholique était, pour l’heure, réunie en concile afin de décider si elle allait leur jeter l’anathème, et donc faire des vampires des damnés aux yeux de tous les catholiques, ou les accepter en son sein en tant que convertis en puissance. L’Église anglicane avait voté contre l’ordination de prêtres vampires, bien qu’elle leur ait accordé le droit de communier (une part notable des fidèles avaient cependant affirmé qu’il faudrait d’abord leur passer sur le corps. Malheureusement pour eux, ils ignoraient, dans leur grande majorité, que cette expression risquait d’être prise au pied de la lettre...).

Les deux prêtres ont vu d’un mauvais œil que Bill me fasse la bise avant d’aller s’asseoir à sa table préférée. Pour sa part, Bill, sans leur accorder un regard, s’est plongé dans la lecture de son journal. Il avait toujours l’air très sérieux, dans ces moments-là, comme s’il étudiait les pages économiques ou s’informait des dernières nouvelles sur la guerre en Irak. Mais je savais qu’il commençait par le courrier du cœur, avant de passer aux dessins humoristiques – quoiqu’il ait un peu de mal à comprendre les blagues, la plupart du temps.

Bill était seul, pour une fois. Changement appréciable. D’ordinaire, il venait avec la charmante Shela Pumphrey. Je la détestais. Bill ayant été mon premier amour et mon premier amant, j’avais du mal à faire une croix sur lui. Peut-être qu’il ne le désirait pas vraiment non plus. Il semblait bel et bien traîner Shela Chez Merlotte à chacun de leurs rendez-vous. Je me disais qu’il me la collait sous le nez pour m’énerver. Drôle de comportement pour quelqu’un qui n’en a plus rien à faire, non ?

Sans qu’il ait à me le demander, je lui ai apporté sa boisson favorite : PurSang groupe O. J’ai posé la bouteille devant lui, sur une petite serviette, puis je me suis retournée, prête à partir. C’est alors qu’une main glacée s’est refermée sur mon bras. Ça me faisait toujours de l’effet quand Bill me touchait. Peut-être que ça me ferait toujours cet effet-là. Bill ne m’avait jamais caché que je l’excitais – et il était normal que je me sente flattée, après le désert qu’avait été ma vie sentimentale et sexuelle. Quand j’avais su que Bill me trouvait séduisante, j’avais commencé à redresser la tête. D’autres s’étaient mis à me regarder aussi, comme si j’étais subitement devenue plus intéressante. Maintenant, je savais pourquoi les gens pensaient si souvent au sexe. Bill avait fait mon éducation sur le sujet. Une éducation... très poussée.

— Reste deux minutes.

J’ai baissé les yeux et rencontré les siens, des yeux noirs que le contraste avec son teint blafard faisait paraître encore plus sombres. Il avait également les cheveux noirs, des cheveux lisses et soyeux. Il était mince, mais doté d’une large carrure et de bras puissamment musclés.

— Qu’est-ce que tu deviens ? m’a-t-il alors demandé.

— Ça va, ai-je répondu en m’efforçant de dissimuler mon étonnement.

Bill n’était pas vraiment du genre à faire la conversation. Même quand on était ensemble, il ne s’était jamais montré très loquace.

Je lui ai retourné la politesse.

— Et pour toi, ça se passe bien ?

— Oui. Quand envisages-tu de te rendre à La Nouvelle-Orléans pour récupérer ton héritage ?

Alors là, ça m’a sciée (pas étonnant, vu que je ne peux pas lire dans les pensées des vampires. C’est bien pour cela que je les aime tant, d’ailleurs. C’est merveilleux d’être avec quelqu’un qui demeure un mystère pour moi). Ma cousine avait été assassinée, près de deux mois et demi auparavant, à La Nouvelle-Orléans, et Bill se trouvait avec moi quand l’émissaire de la reine de Louisiane était venu m’en avertir et... me livrer le meurtrier pour que je puisse le juger.

— Je pense que j’irai vider l’appartement de Hadley le mois prochain. Il faut que j’en parle avec Sam pour lui demander des jours.

— Je suis navré que tu aies perdu ta cousine. J’espère que ça n’a pas été trop pénible ?

Je n’avais pas revu Hadley depuis des années. En tout cas, pas après qu’elle était devenue vampire. Mais comme je n’avais pratiquement plus de parents en ce bas monde, la seule idée d’en perdre un me faisait horreur.

— Pas trop.

— Tu ne sais pas quand tu serais susceptible d’aller à La Nouvelle-Orléans ?

— Je n’ai encore rien décidé. Tu te souviens de l’avocat de Hadley, maître Cataliades ? Il m’a dit qu’il m’avertirait dès que le testament serait homologué. Il m’a promis de garder l’appartement intact. Et quand le conseiller de la reine dit que l’endroit sera intact, on imagine que personne n’aura touché à rien. Ça ne m’a pas franchement passionnée, cette histoire, pour ne rien te cacher.

— Il se pourrait que je vienne avec toi, quand tu iras à La Nouvelle-Orléans. Si ça ne t’ennuie pas de m’avoir pour compagnon de voyage, bien entendu.

— Hou la ! me suis-je exclamée, avec juste une petite pointe de sarcasme, peut-être. Est-ce que Shela ne va pas trouver ça louche ? A moins que tu n’aies l’intention de l’emmener aussi...

Le voyage promettait d’être joyeux !

— Non.

Il s’était refermé comme une huître. Je savais d’expérience que ce n’était pas la peine d’espérer lui soutirer quoi que ce soit, quand il pinçait les lèvres comme ça.

— Je te tiendrai au courant, ai-je affirmé en essayant de deviner où il voulait en venir.

Bien que, pour moi, nos rencontres ne se fassent jamais sans douleur, j’avais aveuglément confiance en lui. Bill ne me ferait jamais de mal. Il ne laisserait jamais personne m’en faire non plus. Mais il y a mal et mal...

— Sookie ?

Je me suis empressée de répondre à l’appel du père Littrell. J’ai juste eu le temps de jeter un dernier coup d’œil en arrière et de surprendre le sourire de Bill, un petit sourire de mec drôlement content de lui. Je ne savais pas trop quoi en déduire, mais ça m’a fait plaisir de le voir sourire. Peut-être qu’il espérait recoller les morceaux ?

— Nous nous demandions si nous ne devions pas intervenir, m’a aussitôt informée le père Littrell.

Je l’ai regardé sans comprendre.

— Nous étions un peu inquiets de te voir frayer avec ce vampire. Votre conversation se prolongeait de façon alarmante et semblait si animée... a enchaîné le père Riordan. Ce suppôt de Satan n’essayait pas de t’ensorceler, j’espère ?

Son accent irlandais n’avait plus rien de charmant, tout à coup.

— Vous voulez rire, j’imagine ? ai-je rétorqué. Vous savez pertinemment qu’on est sortis ensemble, Bill et moi. Quant aux suppôts de Satan, vous ne devez pas y connaître grand-chose pour vous figurer que Bill en est un.

J’avais vu des créatures bien plus diaboliques que Bill, dans notre brave petite ville de Bon Temps, et je peux vous garantir que certaines d’entre elles étaient aussi humaines que moi (si tant est qu’on me considère comme une humaine, évidemment).

J’ai enfoncé le clou.

— Je sais ce que je fais, père Riordan, et je comprends sans aucun doute les vampires beaucoup mieux que vous ne les comprendrez jamais. Père Littrell, vous voulez de la moutarde ou du ketchup avec vos nuggets ?

Le père Littrell a opté pour la moutarde (d’une voix un peu absente, j’ai trouvé), et je me suis éloignée en essayant de ne plus penser à l’incident.

Avant de s’en aller, le père Riordan est venu me trouver pour « me parler deux minutes ».

— Sookie, je sais que je ne suis pas précisément en odeur de sainteté auprès de toi en ce moment, mais je dois te demander quelque chose. Il ne s’agit pas de moi, mais de personnes dont je me fais l’intermédiaire. Si, par ma conduite, j’ai pu t’offenser, je te prie de l’oublier et de prêter à la requête de ces braves gens autant d’attention que tu aurais pu lui en prêter auparavant.

J’ai soupiré. Le père Riordan n’était peut-être pas meilleur que les autres, mais, lui au moins, il s’efforçait de l’être. J’ai hoché la tête à contrecœur.

— Tu es une bonne fille, a-t-il commenté, avant d’embrayer : Une famille de Jackson m’a contacté...

Tous mes signaux d’alarme se sont déclenchés. Debbie Pelt était de Jackson.

— ... Les Pelt. Je sais que tu as déjà entendu parler d’eux. Ils sont toujours à la recherche de leur fille, qui a disparu en janvier dernier. Debbie, de son nom de baptême. Ils m’ont appelé parce que leur confesseur me connaît et sait que j’officie dans la paroisse de Bon Temps. Les Pelt aimeraient venir te voir, Sookie. Ils souhaitent s’entretenir avec tous ceux qui ont vu leur fille la nuit de sa disparition, et ils craignent que tu ne les reçoives pas s’ils se présentent chez toi sans prévenir. Ils ont peur que tu ne sois fâchée parce que les détectives privés qu’ils avaient engagés t’ont interrogée, ainsi que ces messieurs de la police, et que tu pourrais t’indigner d’une telle ténacité.

— Je ne veux pas les voir, lui ai-je répondu sans hésiter. Mon père, j’ai déjà dit tout ce que je savais (c’était la stricte vérité. Sauf que ce n’était pas à la police ni aux Pelt que je l’avais dit) et je ne veux plus entendre parler de Debbie Pelt (on ne peut plus vrai). Transmettez-leur qu’avec tout le respect que je leur dois, je n’ai plus rien à leur dire.

— Je le ferai. Mais je dois bien avouer que tu me déçois, Sookie.

— Eh bien, si, par-dessus le marché, je perds votre estime, ce n’est vraiment pas ma journée !

Il est parti sans ajouter un mot – ce qui était exactement ce que j’avais espéré.

La reine des vampires
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